mercredi 7 décembre 2016

Vianney "Vianney"

tôt Ou tard


Deux ans après Idées blanches, Vianney sort son deuxième album sobrement intitulé Vianney. Avec le succès, son patronyme se suffit désormais à lui-même ; il est devenu une image de marque, un modèle déposé. Ses chansons sont si identifiables qu’on peut dire immédiatement ; « C’est du Vianney » !

Son premier opus ayant été largement consacré Disque de platine, j’étais forcément très excité à l’idée de découvrir la suite. Je n’ai pas été déçu. En très peu de temps, Vianney s’est imposé comme une valeur sûre de notre (bonne) variété française. Il a sa patte, son style et son timbre de voix si particulier. Il a aussi – et c’est sans doute ce qui a fait sa différence – une qualité d’écriture très personnelle.
« Très personnel »… C’est ce qui vient tout de suite lorsqu’on écoute ce second album. Vianney n’y parle que de lui. Il ne parle que de ce qu’il vit et de ce qu’il ressent… Il n’a pas peur de mettre son cœur et son âme à nu. Il y a un petit côté Souchon dans cette façon d’assumer sa fragilité, de faire part de ses doutes. Et pourtant, il n’y a aucun égocentrisme là-dedans. Au contraire, ses sensations personnelles deviennent généralité car chacun de nous a plus ou moins vécu les mêmes situations, émis les mêmes réflexions.


La plupart du temps, il affiche une forme d’indolence, de fatalisme. Il constate mais, en apparence, ne se révolte pas. Erreur, tout se passe dans sa tête. Vianney est un « contemplactif ». Finalement, comme la plupart d’entre nous, il est double. Il y a d’une part l’impression qu’il dégage – et qu’il se plaît à entretenir -, c'est-à-dire une certaine douceur, un brin de mélancolie, sourire aimable, grande courtoisie… mais, en grattant un peu ses textes, en lisant entre les lignes, on devine une réelle force de caractère. On ne s’assied pas sur les bancs du lycée militaire de Saint-Cyr sans en retirer une réelle solidité. C’est ce qui le rend encore plus intéressant.

Ainsi, lorsqu’il s’empare d’un thème, il ne réagit pas à chaud. Il prend un peu de recul et l’analyse quasi scientifiquement. La rupture, par exemple, qui tient une place importante dans cet album. Il l’évoque dans Sans le dire puis le développe dans la chanson qui suit, Je m’en vais. Tout en se montrant très pudique, il décrit se sensations, estime que la profondeur des sentiments est supérieure aux mots. Puis, après avoir digéré sa douleur, après s’être un tantinet auto-flagellé, il réagit et décide de prendre « ses cliques et ses claques ». Mais avant cela, c’est plus fort que lui, il faut qu’il dresse le bilan de cet échec. C’est ce qu’il fait dans Oublie-moi. Lorsque le doute s’immisce dans une relation, l’éloignement devient logique et nécessaire. Mieux vaut donc partir en laissant derrière soi de la rouille et des cendres.

Mais avant de prendre cette décision, il a continué d’autopsier son cœur afin de déterminer ce qui a et n’a pas fonctionné dans cette relation amoureuse. Dans Tombe la neige, il relativise. Il a raté cet amour comme on manque un train. Après tout, il en passera d’autres… Dans Moi aimer toi et J’m’en fous, il positive. Visiblement, il n’aime guère les conflits, ne supporte pas les petits affrontements ; il a conscience que ces blessures sont passagères, que les larmes sèchent, et puis on oublie en ne gardant en mémoire que les souvenirs des bons moments partagés. Or, malgré tout, les amours passées laissent toujours une empreinte. Pour ne pas sombrer dans la mélancolie, la meilleure des échappatoires, c’est le rêve… En conclusion, il faut savoir assumer ses propres défauts, gérer ses erreurs bref, prendre de la hauteur comme Dumbo. Si on ne s’aime pas soi-même, comment bien savoir aimer les autres ?


Sept chansons sur onze sont consacrées à la relation amoureuse. Ça va parler au plus grand nombre… Vianney est un cérébral. Il semble en introspection permanente, il décortique tout. Il se pose des questions et les transpose en chansons. Y compris ses troubles ou ses interrogations les plus intimes. C’est le cas de la chanson Le fils à papa dans laquelle il fait état de son mal-être par rapport à la façon dont certains peuvent critiquer le fait qu’il ait grandi dans un milieu aisé. En réalité, la majorité des adolescents est égocentrique, on n’est jamais content de ce que l’on a. Ce n’est qu’en devenant adulte qu’on réalise que l’on n’est valorisé et sauvé par les autres et, surtout, par leur amour. Ça va loin !

Deux titres possèdent un angle particulier. L’un est fictionnel. Quand je serai père est vraisemblablement une extension du Fils à papa. Il inverse les rôles en anticipant sur ses responsabilités de père. Conscient de ses manques, il craint que ses enfants les lui reprochent un jour. Pour définir ses inquiétudes, il utilise une jolie métaphore arboricole et horticole. Puis, utilisant la litanie « j’aurais pu », il formule déjà des regrets en avouant son impuissance et sa négligence futures. Ce n’est pas simple dans sa tête. Ou alors est-ce déjà pour se dédouaner ?
L’homme et l’âme est une chanson à part car elle évoque les tragédies du 13 novembre. C’est un exercice délicat, quasiment métaphysique. Il y dénonce cette violence qui abaisse l’homme et, sans aller jusqu’à stigmatiser les religions, il voit dans ces drames une forme d’abandon de Dieu.

Vianney termine intelligemment son album avec Le galopin, une chanson subtilement positive. Cette fois, il est contre l’immobilisme. Il se dit pour l’échange, pour le dialogue. Il faut savoir remarquer ce que l’on possède en soi de bien, aimer ce que l’on a, le dire et le partager. C’est une fin pleine d’espoir et d’envie. Elle est provoquée par un parfum de femme. Quelle image ! N’y aurait-il pas là-dedans un clin d’œil subliminal du côté d’Aragon et de Jean Ferrat avec leur maxime : « La femme est l’avenir de l’homme » ?
Pour le savoir, rendez-vous au troisième album…


Gilbert « Critikator » Jouin

lundi 5 décembre 2016

Michel Drucker "Seul... avec vous"

Théâtre des Bouffes Parisiens
4, rue Monsigny
75002 Paris
Tel : 01 42 96 92 42
Métro : Pyramides / Quatre septembre / Opéra

Seul en scène écrit et interprété par Michel Drucker

Note d’intention : « J’avais cette envie depuis longtemps : d’être seul avec vous l’espace d’une soirée, pour évoquer mes souvenirs accumulés au cours d’une carrière dont la longévité n’en finit pas de m’étonner. Rendez-vous compte, cinquante ans ! Cinquante ans de complicité avec trois générations de stars, chanteurs, acteurs, sportifs, hommes politiques, vedettes de télévision… Mais surtout cinquante ans de complicité… avec vous !
Ce soir, je vais vous raconter les coulisses, l’envers du décor. J’espère vous étonner, vous émouvoir, mais aussi vous faire rire. Je suis très impatient d’être devant vous » (Michel Drucker)

Mon avis : J’avais découvert le seul en scène de Michel Drucker le 27 février à Lyon. Neuf mois plus tard, je suis retourné le voir aux Bouffes Parisiens où il a pris ses quartiers d’hiver. Force m’est de reconnaître que j’y ai pris encore plus de plaisir. Je savais certes à quoi m’attendre mais, une fois de plus j’ai été bluffé, emballé et séduit par sa prestation.
Déjà, son spectacle dure une demi-heure de plus. Il atteint désormais les deux heures. Et on ne s’ennuie pas une seconde. Au contraire, on ne voudrait pas que ça s’arrête tant on imagine le nombre de confidences et d’anecdotes qu’il a dû garder en réserve. Comme on dit en cyclisme, il en a encore sous le pied. Nous ne sommes qu’à la première étape de ce qui devrait être un tour au long cours. Fort de sa tournée de 26 dates en province, Michel Drucker a gagné en aisance et en assurance. Il a pris du métier. Pas dans le sens mécanique, mais dans ce sens où, s’étant aguerri au fur et à mesure des représentations, il peut désormais être totalement lui-même.

Dans sa note de présentation, Michel Drucker cite trois verbes qui sont autant de leitmotive pour lui : « étonner, émouvoir, faire rire »… Mission largement accomplie. Même si c’est le rire qui prédomine largement. Son atout majeur, c’est l’autodérision. Il a pris tellement de recul ! Il n’a visiblement que faire des paillettes. Il est aux antipodes de la mégalomanie.
S’il a acquis la célébrité, c’est à force de travail, d’abnégation et de doutes. A la télévision, il est devenu le bon élève qu’il n’avait pas été dans sa jeunesse. Il a énormément bossé et, petit à petit, il est devenu l’égal de ses maîtres, puis il les a dépassés, devenant, un peu contre son gré, une institution. Michel Drucker, c’est l’histoire vivante de la télévision française. Sa carrière est unique, incomparable.


C’est tout cela qu’il nous narre durant deux heures. Il est un conteur-né. Ça ne s’apprend pas, c’est en lui, c’est inné. Après plus de cinquante ans de bons et loyaux services, il a décidé de lâcher enfin la bride, d’ouvrir en grand l’album de ses/nos souvenirs et de nous révéler ce qu’il a vécu en coulisses. Projections à l’appui dans un décor mitonné par sa fille Stéphanie Jarre, il balaie un demi-siècle de divertissements sur le petit écran. Il a rencontré tout le monde. La différence avec nous, c’est qu’il a connu les vedettes de la télévision, du showbiz, du sport et de la politique, dans leur intimité. Avec son regard amusé, tendre et lucide, il nous les fait découvrir autrement. Son chapitre sur Léon Zitrone est à mourir de rire. Jamais méchant, toujours respectueux, foncièrement bienveillant, il évoque les travers ou les manies de certains avec une tendre malice.
Pour avoir souvent fréquenté ses plateaux pendant plus de trente ans, j’ai remarqué que Michel Drucker apportait autant d’intérêt aux anonymes, aux modestes, qu’aux grands de ce monde. Il ne compose pas un personnage, il est en permanence à l’écoute des autres. Le public ne s’y trompe pas qui a établi avec lui une forme de compagnonnage, de camaraderie toute simple.


Son spectacle est à son image : chaleureux et drôle. Il ne craint pas non plus de montrer ses émotions. Il a perdu tant de gens qui lui étaient chers et nécessaires. Il leur rend hommage, sans pathos aucun, tout simplement parce qu’ils méritent que, de temps en temps, on se souvienne d’eux. Et puis, dans son spectacle actuel, il n’hésite pas de s’offrir quelques commentaires sur l’actualité (en mimétisme sans doute avec Guy Bedos). Il ne faudrait pas le pousser beaucoup pour qu’il nous fasse sa revue de presse. Alors, par ci par là, il évoque les élections américaines, les Primaires de la droite… Il a de la matière, il en connaît tous les protagonistes !
Ce spectacle aurait pu s’appeler aussi « Drucker en liberté ». Il ne s’interdit rien. Même si l’on se doute qu’il garde pour lui tant de choses que déontologiquement et surtout, humainement, il n’a pas le droit de confier. Mais, quand même, il se lâche beaucoup, il balance un peu, n’hésitant pas à livrer quelques confidences savoureuses ou croustillantes. Il nous offre vraiment un spectacle total, un concentré sur cinquante ans de sa vie et de la notre intimement entremêlées. S’il y a parfois de la nostalgie, elle est carrément souriante. Si bien qu’on sort des Bouffes Parisiens le cœur heureux car plein de tant de beaux souvenirs. Il suffit d’écouter les commentaires enthousiasmés et ravis de ceux qui, pendant deux heures, ont quitté leur statut de téléspectateurs pour celui, plus proche et plus gratifiant, de spectateurs.

Gilbert « Critikator » Jouin

mercredi 30 novembre 2016

L'Amour d'écrire en direct

Ciné 13 Théâtre
1, avenue Junot
750018 Paris
Réservations : lamourdecrirendirect@gmail.com / 06 82 38 63 51
Métro : Lamarck-Caulaincourt

Mardi 6 décembre à 20 h 30
Tarifs : 13 € et 10 €
(Prendre soin de vous munir d’un petit objet ni lourd, ni cher, ni encombrant)

Spectacle interactif conçu et animé par Marc-Michel Georges


Le 11 octobre dernier, un ami m’a invité à découvrir au Ciné 13 Théâtre un concept original intitulé L’Amour d’écrire en direct. Sans en savoir plus, mais intrigué par ce titre pour le moins énigmatique, je me suis rendu sur les hauteurs de Montmartre… Bien m’en a pris car, pendant deux heures, j’ai vécu une expérience unique, originale, conviviale, ludique et enrichissante. Tous les spectateurs réunis dans cette confortable bonbonnière qu’est le Ciné 13 Théâtre sont des passionnés, des amoureux des mots.
Sous-titré « Quand l’écriture devient un spectacle », ce divertissement aussi amusant qu’intelligent, nous plonge au sein même de la création… et de la créativité. Etant participatif, le spectacle est presque autant dans la salle que sur la scène.

Marc-Michel Georges
A partir d’un tirage au sort parmi les objets que les spectateurs ont apporté, des auteurs-comédiens doivent imaginer une histoire et venir l’interpréter. C’est un petit bonheur de diversité car chacun des impétrants possède un univers et un jeu qui lui sont propres. En plus de ces saynètes improvisées, des artistes se succèdent, chanteurs, conteurs, auteurs de théâtre… J’ai été particulièrement bluffé par la prestation d’un Hervé Vilard inattendu dans un rôle de comédien-récitant. Même si je le savais épris de littérature et de théâtre, sa performance m’a emballé.
Bref, on ne s’ennuie pas une seconde pendant ces deux heures durant lesquelles le verbe est roi.



Je ne peux donc que vous inciter à aller à votre tour découvrir ce spectacle enthousiasmant animé de main de maître par Marc-Michel Georges. Sa prochaine édition aura lieu le mardi 6 décembre. Parmi les artistes invités, je vous recommande tout particulièrement ce remarquable chanteur vibrant et habité qu’est Fraissinet. J’ai assisté à plusieurs de ses tours de chant et je puis vous dire que c’est du très, très haut niveau. A noter également la présence de la facétieuse et impertinente Lauréline Kuntz. Je ne connais pas ces autres participants que sont Dom Paulin et Virginie de Caussade, mais s’ils ont été retenus c’est qu’ils ont de la personnalité… Et puis je crois savoir qu’Hervé Vilard sera encore de la partie…

mardi 29 novembre 2016

Le Nez Rouge (bateau-théâtre)


Le Nez Rouge
Bateau-théâtre amarré face au 13 quai de l’Oise
Bassin de la Villette
75019 Paris
Réservations : lenezrouge.com
Métro : Crimée / Ourcq




Gérald Dahan vient de réaliser un de ses plus vieux rêves en acquérant sa propre salle de spectacle. Mais, comme il ne fait rien comme tout le monde, il a choisi un endroit moins convenu, moins classique, puisqu’il s’agit en effet d’un… bateau-théâtre baptisé Le Nez Rouge ! Avec les projets qu’il ne cesse de construire, avec les idées foisonnantes qui bouillonnent dans sa tête, il fallait bien qu’un jour son cirque amarre. Quoi de mieux qu’une péniche totalement consacrée au spectacle pour attirer le chaland, voguer vers le succès, et faire de ce cours d’eau un canal « plus » ? Plus de rire(s), plus de chansons, plus de comédie, plus de fête...


Improvisé capitaine, Gérald Dahan a tenu à faire les choses en grand. Pour effectuer le lancement de son embarcation immobile, il a créé rien moins qu’un festival. Un festival qui va s’étaler du 1er au 31 décembre avec deux représentations par jour. 105 artistes en tout vont fouler cette nouvelle scène. Du jamais vu !
Le programme est aussi varié qu’éclectique. Humour, chansons, théâtre, vont s’y succéder. Les artistes en herbe (les moussaillons) vont y croiser des navigateurs au long cours. Impossible de citer tous ces gens qui vont nous embarquer dans leur univers pour nous amuser, nous enchanter et nous faire rêver.


Après ce festival d’un mois, de nombreux artistes viendront en résidence sur Le Nez Rouge pour y présenter leur spectacle, leur one man show, leur tour de chant, leurs tours de magie, bref, tout ce que la narine marchande ! Toujours entouré de ses camarades si mutins, jamais seul maître à bord, Gérald Dahan profitera néanmoins de ce nouvel espace pour nous présenter dès le 12 janvier 2017 son tout nouveau spectacle, « Dahan présidents ». C’est tellement bon parfois de se laisser mener en bateau…

Tournée Age tendre

Tournée des Zénith

Spectacle produit par Christophe Dechavanne et Coyote Live
Direction musicale et arrangements de Guy Matteoni
Mise en scène de Stéphane Jarny
Présenté par Cyril Féraud
Parrain d’honneur : Jacques Revaux


Avec Gérard Lenorman, Sheila, Hugues Aufray, Les Rubettes, Linda de Suza, Marcel Amont, Isabelle Aubret, Pascal Danel, Au Bonheur des Dames, Christian Delagrange

Mon avis : Comme l’avait annoncé Christophe Dechavanne, le spectacle offert par la tournée « Age tendre » est une grande fête. Grâce à des artistes qui jouent le jeu à fond, nous assistons à un beau moment de music-hall. Tout est d’ailleurs mis à leur disposition pour qu’ils se sentent bien : joli décor concocté par la talentueuse Stéphanie Jarre, lumières à la fois chaudes et punchy, excellent orchestre, arrangements somptueux, choristes parfaites, présentation chaleureuse et complice de Cyril Féraud… Le public, venu en grand nombre retrouver quelques unes de ses idoles, prompt à s’enthousiasmer, vit assurément une parenthèse enchantée pleine de bonheur, de joie de vivre et de partage.

Photo : Raphaël Bloch
La générosité des artistes se met au diapason de la ferveur qui les accueille. La plupart d’entre eux ont systématiquement droit à une standing ovation à la fin de leur prestation. Il leur est même parfois inutile de chanter puisque leurs ouailles (car il s’agit d’une grand messe) entonnent les plus célèbres de leurs tubes à leur place. Le spectacle est d’ailleurs autant sur la scène que dans la salle.

Hugues Aufray. Photo : Raphaël Bloch
 Les univers des artistes en présence sont si personnels, si différents, si marqués, que cela nous offre un show aux ambiances et aux couleurs très variées. C’est vraiment un grand spectacle de Variétés. Les séquences romantiques, tendres, nostalgiques (Hugues Aufray, Isabelle Aubret, Christian Delagrange, Pascal Danel) se mêlent aux chansons joyeuses et entraînantes (Marcel Amont, Linda de Suza). Sheila avec son disco et ses danseurs, Au Bonheur des Dames, les Rubettes mettent littéralement le feu. Et Gérard Lenorman vient clôturer le show de quelques uns de ses plus grands succès avec, en point d’orgue, sa fameuse Ballade qui rend les gens si heureux.

mercredi 23 novembre 2016

Le Comte de Bouderbala 2

Gymnase Marie-Bell
38, boulevard de Bonne Nouvelle
75010 Paris
Tel : 01 42 46 79 79
Métro : Bonne Nouvelle

Seul en scène écrit et interprété par Sami Ameziane

Présentation : Après avoir présenté pendant huit ans son premier spectacle à Paris et dans toute la France, Le Comte de Bouderbala revient avec son second spectacle.

Mon avis : Sami Ameziane ouvre (enfin) le très attendu tome 2 de son picaresque Livre de Comte (définition de « picaresque » : œuvre dont le héros traverse toute une série d’aventures qui sont pour lui l’occasion de contester l’ordre social)…
Ce deuxième opus est, dans la lignée du précédent, un volet de bois vert. Fidèle à lui-même, notre Comte se complaît à poser son regard malicieux sur toutes ces petites choses qui dysfonctionnent dans notre monde. Il faut dire qu’il ne manque pas de matière. Depuis son premier spectacle, il s’est en effet écoulé presque neuf ans. Même s’il a conservé quelques thèmes qui lui sont constants (étude de textes de rappeurs, les Etats-Unis, les Roms…), ces dernières années ont été tellement riches en événements en tous genres, qu’il a eu de la matière où puiser ses indignations, ses taquineries, ses brocards.


Arpentant la scène du Gymnase de long en large, ne s’arrêtant que pour nous prendre à témoin ou pour jeter son dévolu sur un spectateur, il se livre à un exercice où il excelle, le stand-up à l’américaine. C'est-à-dire qu’il ne nous laisse aucun répit, qu’il enchaîne les sujets sans aucun temps mort (on n’est pas dans un match de basket !). Sami Ameziane est un fin observateur de notre société. Il en possède une vision très personnelle qu’il traduit sur scène avec un mélange détonnant de sarcasme et de sagacité.
Né à Saint-Denis de parents algériens, il sait évidemment qu’on attend de lui sa position sur le djihadisme et les attentats. Du coup, il est pratiquement obligé de commencer son spectacle avec ça. S’appuyant énormément sur l’autodérision il explique, à grand renfort d’images savoureuses, ce que c’est que d’être Musulman en France aujourd’hui. Sa façon très décalée d’aborder la tragédie des terrasses et, surtout, leur épilogue avec l’opération policière à Saint-Denis du 18 novembre, est très habile. Et très drôle. Son évocation du comportement du « héros » de cette fameuse nuit, l’affligeant Jawad Bendaoud, est à hurler de rire.


Cette page tournée, il revient à des choses plus légères… S’appuyant sur des extraits audio, il fustige les lacunes grammaticales des rappeurs ; là où le Booba blesse ! Puis il élargit le débat avec la chanson française en général… Ensuite, il parle pêle-mêle des élections américaines, de la famille, du célibat, des sites de rencontre, de l’homosexualité avec son corollaire le mariage gay, les cyclistes, la crise, les braquages, les réfugiés, la police… Sami ratisse large. Visiblement, tout l’intéresse. S’il a souvent la dent dure, jamais il ne se montre gratuitement méchant ni agressif. Il a plus l’humour sale gosse que bon enfant. En même temps, il se dégage de ses propos beaucoup de vérités, d’évidences. Il ne parle pas pour ne rien dire. Il critique, il dénonce, mais toujours sur le ton de la vanne, ce qui le rend foncièrement sympathique.

Ses spectacles s’apparentent aux formidables « Rubriques à brac » du divin Gotlib car il sait être dans la caricature joviale tout en dénonçant travers, défauts et turpitudes. Il provoque ainsi un rire à la fois complice et libérateur. Comme quoi, les bons comtes font les bons Sami. Et réciproquement…


Gilbert « Critikator » Jouin

mercredi 16 novembre 2016

Guillaume Bats "Hors cadre !"

Théâtre Trévise
14, rue de Trévise
75009 Paris
Tel : 01 45 25 35 45
Métro : Cadet / Bonne Nouvelle / Grands Boulevards

Le mardi à 21 h 30 jusqu’au 27 décembre

Ecrit et mis en scène par Guillaume Bats et Jérémy Ferrari

Présentation : Venez voir Guillaume Bats pour :
-          Ne plus avoir peur de lui
-          Perdre vos idées reçues sur le handicap
-          Découvrir quelques techniques pour choper des nanas en leur faisant pitié
-          Avoir honte de rire avec lui
Guillaume Bats est touchant, irrévérencieux, explosif et repousse vos limites et celles de l’humour…

Mon avis : Au bout d’un quart d’heure de spectacle, je ne voyais plus sur scène un handicapé mais un humoriste accompli !
Ne tombant jamais dans le pathos, au contraire, Guillaume Bats porte l’autodérision à son plus haut niveau. Son seul en scène est un véritable hymne à la vie, une formidable leçon de courage. Mais c’est aussi un grand moment de rires partagés car le jeune homme est une machine à vannes à haut rendement. Ça n’arrête pas une seconde ! Dans cela, dans ce rythme soutenu, dans ce ton à la fois désinvolte et terriblement acide, on reconnaît la patte de Jérémy Ferrari. Leur association est d’une redoutable efficacité.


Dès son entrée en scène, Guillaume ne se cache pas derrière son petit doigt. Il nous dit, ne nous épargne rien. Avec le cynisme d’un bouilleur de cru se réjouissant à l’avance des cirrhoses qu’il va provoquer, il nous distille un humour noir particulièrement corsé. L’œil rigolard, le sourire (forcément) en coin, il nous raconte sa vie de handicapé en l’émaillant d’anecdotes et de digressions savoureuses. Il n’élude rien : son enfance, l’abandon, les familles d’accueil, ses études, la recherche d’emploi, les cours de théâtre, la drague, la sexualité, la religion, l’homophobie, le mariage pour tous, les dommages collatéraux des attentats… La seule fois où il semble se laisser aller à un peu d’émotion, il ponctue ce moment d’une pirouette dévastatrice. C’est plus fort que lui, il ne veut pas que l’on s’apitoie sur son sort.


Sa façon de nous décrire les situations, le plus souvent navrantes, cruelles ou révoltantes, que son handicap a engendrées, déclenche paradoxalement chez nous un rire libérateur qui nous désinhibe et efface le sentiment de gêne que l’on pourrait éprouver. Plus il nous secoue, plus il nous nargue, plus il nous provoque, et plus on rit. Excellent comédien, il installe entre son public et lui une aimable connivence ; une passerelle sur laquelle l’amour circule dans les deux sens. Il se nourrit visiblement de cette affection, de nos rires et de nos bravos pour consolider son fragile squelette de verre. C’est son réconfort, sa récompense, son collagène…

Gilbert « Critikator » Jouin